Baudouin Mouanda

Hip-Hop et Société

Baudouin Mouanda (né en 1981 à Ouesso, Congo Brazzaville) est une figure incontournable de la photographie actuelle africaine. Il s’attache depuis quelques années à donner une visibilité aux jeunesses africaines. Des sapeurs aux rappeurs, Baudouin Mouanda propose des reportages qui s’éloignent des clichés et imposent des réalités sans caricature. Nous avons choisi de présenter un extrait du projet Hip Hop – Société initié en 2009. L’objectif de Baudouin Mouanda est de créer des liens entre les textes des rappeurs francophones (du Congo, du Gabon, de Guinée etc.) et les situations sociopolitiques de chaque pays observé.

Quand je parle de la « rue du Hip Hop », il s’agit de montrer la vie sociale, donc plutôt parler de « Hip Hop et société ». Je me focalise sur les textes des rappeurs pendant différentes manifestations et concerts. Les rappeurs sont les mieux placés pour dire à l’État les choses non prises au sérieux par celui-ci, les désirs de la population. À travers les rappeurs, il s’agit de travailler entre photographies et textes. Comment, en tant que photographe, on peut s’inspirer de textes d’artistes qui sont dans l’ombre. L’idée est venue aussi de mon amour pour cette musique.  D’autant qu’en tant que photographe, je suis dans une photographie sociale. J’ai également envie de préparer un livre qui présenterait les rappeurs comme des porte-paroles courageux.
(B.M. 2010)


La série Hip Hop – Société Conakry met en lumière la colère et les interrogations des rappeurs de Conakry, capitale de la République de Guinée, sur fond électoral en 2010. Dans une ambiance sociale électrique, le photographe prend le pouls d’une société en tension, à travers les visages et les mots des rappeurs rencontrés. Visages inquiets, graves et pensifs, les rappeurs de Conakry observent et analysent la situation politique, économique et sociale de leur pays étouffé par l’impact des pressions financières et militaires. Au sein d’un système où l’argent passe inévitablement avant le peuple, les idées et le progrès, les Guinéens sont asphyxiés. Après son indépendance obtenue en 1958, la Guinée connaît ensuite une longue période dictature à laquelle il était urgent de mettre fin. Les conditions de vie stagnent, la pauvreté est flagrante et la jeunesse craint pour son avenir. Avec discrétion, Baudouin Mouanda s’immisce dans les rues de la ville, croisent les regards d’une jeunesse impatiente, qui a soif de changement. Dans la rue, l’histoire tutoie l’actualité. L’ombre du colonialisme et de la dictature plane en arrière plan. Au premier plan, Baudouin Mouanda expose une jeunesse actrice d’un moment historique : les premières élections démocratiques, débarrassée de l’ombre militaire et autoritaire.


La ville est aussi connue par ses monuments historiques qui représentent chacun un événement. La statue de l'esclave enchaîné du Pont de la Liberté ne laisse pas indifférents les rappeurs pour méditer sur leur histoire. Phaduba, l'un de pionnier du mouvement hip hop guinéen : « Nous sommes les témoins de notre société, ce qu'on raconte, c'est ce qu'on vit, nous attendons toujours un gouvernement qui viendra améliorer l'agriculture afin que chaque Guinéen mange correctement ».


Suite aux élections, Alpha Condé, candidat moderne et progressiste, est élu président de la République de Guinée. Sur ses épaules, repose les espoirs d’une jeunesse dont les rappeurs clament et chantent les mots [maux]. Baudouin Mouanda met en lumière une jeunesse politisée et inquiète. Une jeunesse dont les rappeurs sont les représentants, ils portent sa voix pour briser le silence auquel elle a depuis trop longtemps été contrainte.


Biographie

Baudouin Mouanda (1981), Photographe Congolais, membre du Collectif Génération Elili et d’Afrique in visu.

Ce photographe débute la photographie en 1993. Très vite, il chronique pour les journaux locaux la vie brazzavilloise en se détournant du conformisme, il pose un regardsur les guerres à répétition au Congo avec son travail "Les Séquelles de la Guerre".En 2007, il bénéficie d’une formation à Paris au CFPJ (Centre de Formation et de Perfectionnement en Journaliste).

Il en profite pour réaliser un travail personnel sur la société congolaise à Paris et en banlieue intitulé « la Sapologie ». Il le continu en 2008 à Brazzaville. En 2009-2010, il expose ce travail dans l’exposition « L’art d’être un homme » au Musée Dapper à Paris puis dans le cadre des Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako où il a obtenu le prix Jeune Talent et un prix de la fondation Blachère. Il vient de réaliser une résidence (Visa pour la création) pendant 3 mois au Gabon, à Libreville pour développer son travail « Hip-Hop et Société » et suivre les élections présidentielles.

Baudouin Mouanda publie régulièrement dans Afrique magazine, Jeune Afrique, VSD, L’Express Style et Planète Jeune. Son travail fait parti de plusieurs collections en France et à l’étranger.