Khelly Manou De Mahoungou

Le coupé-coupé de Brazzaville

8 heures du matin, je suis à Bacongo, je marche en direction du marché Total. Sur l'avenue « Matsoua», où j'aperçois un hangar enfumé. Je m’approche et je rencontre Lydie, 32 ans, fonctionnaire et mère célibataire de trois enfants. « Le kilo de viande coute trop cher pour nourrir une famille à Brazzaville », raconte t- elle à une amie habituée des lieux.

Entre 2750 f CFA et 3000 f CFA le kilo de « viande de bœuf » selon les périodes, consommer de la viande à Brazzaville, est de nos jours, une équation à doubles inconnues. Il faut choisir entre 500f CFA et 3000f CFA. Le choix est quasiment clair, mais la satisfaction en ce qui concerne la qualité de viande, n'est pas toujours au rendez vous.

A Brazzaville, nous sommes passés à une vitesse vertigineuse en matière d’augmentation de prix des denrées alimentaires depuis quelles que décennies et la ménagère se plein.

Pour pallier cette difficulté qui prévaut dans les ménages brazzavillois, du moins pour la viande de bœuf, un soutien est venu de l’Afrique de l’ouest  connu sous le nom du coupé-coupé.

Une viande bon marché, cuite sur des fûts découpés en deux, placé sur des grillages de fortune et servie en petits morceaux sur des sachets en plastiques servant de protection contre les éventuelles maladies dont la tuberculose (…).

Dans ces stands, des bidons d’eau font partie du décor. J’y retrouve, OUSMAN 28 ans, de nationalité Sénégalaise, vendeur de coupé- coupé. D’un ton sénégalais, il parle à Foskha 13ans, fidèle cliente qu’il connaît depuis des mois. « Amener ou manger ici là ?» lui demande t-il.

« Chez OUSMAN, la viande est de bonne qualité ». Celui –ci reçoit en grande majorité des jeunes de bas quartiers, des étudiants, des ouvriers, des enfants et même des mamans qui s’attellent parfois tôt le matin pour acheter « le coupé-coupé ».

Les conditions d’hygiènes de ces gargotes ne sont pas respectées. Ni les prix, ni la qualité de viandes ne sont contrôlés. Mais pour les congolais dépourvus de moyens, c’est l’endroit idéal pour consommer de la viande de bœuf. « En mangeant ici, ma bourse peut tenir longtemps, car, je mange moins cher, même si la viande n’est pas toujours de bonne qualité », paroles de Romaric étudiant à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. « En ce qui concerne les prix, pas de problème. Ils sont fixés autour de 500 FCFA le plat.» poursuit Romaric.

Observant ce phénomène, les chercheurs s’interrogent sur la situation alimentaire du congolais moyen depuis les années 90. Nos conditions alimentaires vont-elles s’améliorer et à quel prix ? L’autosuffisance alimentaire tant évoquée par les institutions nationales et internationales n’est-elle qu’un mythe dans le quotidien du congolais ?

Biographie

Né à Brazzaville, où il vit et travaille, Manou de Mahoungou Khelly est membre du Collectif « Génération Elili ». En 2009, il obtient sa Licence en Sciences et Techniques de la Communication à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, et s’oriente vers le journalisme.

Après avoir participé à l’atelier « Balade photographique » de Baudouin Mouanda en décembre 2009, il se lance dans la photographie et revendique un enjeu photographique social et documentaire. Il travaille alors autour des thèmes de l’alimentation des Congolais et de leurs comportements, notamment les relations entre ces derniers et leur environnement immédiat. Une approche sociologique qu’il souhaite porter à d’autres continents.

Son travail sur le phénomène du coupé-coupé à Brazzaville - une viande bon marché, est témoin de sa démarche.

En 2010, il est l’assistant de Philippe Guionie, venu travailler avec les anciens combattants de Brazzaville, un pied dans le monde des professionnels de l’image.

Puis, en 2011, il participe à l’atelier interculturel, « recherche et photographie », portant sur la création du réseau des photographes d’Afrique centrale où il travaille sur la lutte contre les érosions dans un quartier nord de Brazzaville.